Monaco here I come

Jeudi, départ pour Monaco pour le tournage d’un court métrage pendant le salon MAGIC, organisé par Shibuya Productions et mon pote Cédric B-Sky (Big up!).

Cédric me met la pression pour ce film, qui sera tourné PENDANT le salon. Il a fallu concevoir une histoire de quelques minutes qui prenne place au cours de l’événement, et que nous organisions le tournage tandis que le salon a lieu. Sacré challenge.

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Du coup, pour ne pas me rater, je repasse les 9 erreurs classiques à ne pas faire sur un film, recensées par Premium Beat. J’aime bien les gens de Premium Beat, parce qu’ils donnent plein de conseils sur la façon de faire un film (le filmmaking), alors que leur job de base c’est de proposer des musiques (de films). Pas exclu que j’utilise l’une des bandes de leur catalogue un de ces 4.

Bref, voici les 9 erreurs à éviter, toutes illustrées dans l’article judicieux de Jourdan Aldredge. Je les ai toutes déjà faites. En espérant que Cédric ne tombe jamais sur cette phrase. Wish me luck!

1- Oublier son matériel ou ne pas avoir chargé les batteries.

2- Travailler avec des lentilles sales (un jour peut-être vous raconterai-je le tournage de ce qui eut pu être Love Angeles, un court métrage tourner à LA. Avec des lentilles sales. Et une Bolex.)

3- Tourner un plan flou. J’avoue.

4- Ne pas vérifier la balance des blancs (et ne pas apprendre que ça existe).

5- Casser la règle des 180°.

6- Sous ou sur-éclairer son set par absence de lumière additionnelle (ou compter un peu trop sur l’étalonneur).

7- Trop compter sur le stabilisateur en post-prod (« on verra ça en post-prod »).

8- Ne pas prendre le temps d’équilibrer le son (ou ne pas prendre le son).

9- Ne pas exporter correctement les fichiers.

 

Le métier de réalisateur

Je viens de terminer un livre génial, une fondation en soi : Faire un Film, de Sidney Lumet.

Page 271 il y a ça : « c’est plus ou moins à ça que se résume le métier de réalisateur : se battre ».

Et une multitude de pages généreuses, touchantes, essentielles.

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(Big up Cédric Chou Ya-Li ! :))

Journal d’un film guérilla : jour 3

Le 3ème jour de tournage, en plein juillet 2015 à Paris, correspond à la première scène du film. Qui plus est, c’est une scène en extérieur, et je dois en plus gérer des figurants, pour la toute première fois. Autant vous dire que j’ai la pression…

Avec Antony Clément, qui a assuré la première phase de la production, nous avons choisi de tourner sur les bords de Seine, vers l’Institut du Monde Arabe, là où se retrouvent chaque soir des groupes de danse ou de musique. Ca tombe bien : la scène met en présence un groupe amateur, auquel Marçao va demander s’il peut jouer avec eux. Nous sommes donc bien dans le contexte.

 


(Tourner vers le Jardin Tino Rossi, tout un symbole pour nous)

L’objectif de cette scène est de présenter Marçao : personnage étrange avec ses fringues farfelues et son ukulélé multicolore, mais surtout musicien de rue qui joue mal et qui chante faux. Comme scène d’introduction du film, ça me semblait pas mal. Mon idée première était même de présenter cette séquence avant le générique.

Préparation de la séquence

Pour tourner cette scène il me faut donc :

  • mon équipe technique et mon comédien
  • des figurants
  • un groupe amateur
  • une chanson (celle que va interpréter Marçao)

L’équipe technique est peu ou prou celle que j’ai évoquée plus haut, et composée des étudiants motivés et ultra cool.

Les figurants sont soient des amis à moi (merci Alice et Julie, Agnès, Tom et Max !) mais aussi des amis d’Auguste aka Marçao. Et en l’occurence, des amis du groupe amateur que va rejoindre Marçao, puisque les HOTD sont des amis d’Auguste (voir ci-dessous). Vient également se greffer un type qui passait par là, un Suédois héritier des 60s flower powerisées, lui-même n’ayant pas plus de 20 ans. Comment lui refuser de participer ? Le gamin semble nourri à l’herbe, aussi inoffensif qu’un pétale de pâquerette. En plus, à l’écran, il passe bien, pour peu qu’on ne montre pas ses sandales. Drôle de rencontre.

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(Março se la donne grave devant les HOTD)

Le groupe amateur est HOTD (Hero Of The Day). Ils ont une chouette chanson dans l’esprit des groupes de rock actuels, comme Green Day ou les groupes de métal un peu lyriques (ça fait bien longtemps que je suis descendu du train du rock pour prendre le vélib de la bossa nova. Pardon si la comparaison pique un peu :p) Bref : leur chouette chanson s’appelle You and Me Against the Fools. Hell yeah.
(Notons pour l’histoire que le percu au djembé, c’est Fred, mon beau-frère. Et que le djembé est celui que lui a offert Christian, un type vraiment important pour moi et pour lui, et que je suis ravi de faire participer de cette façon dans ce film).

Reste la chanson. Depuis que j’ai imaginé Marçao, j’ai cette idée débile qu’il a un héros, dont on ne sait pas vraiment s’il existe ou pas, et peut-être Marçao lui-même ne le sait plus vraiment, mais il l’a intégré profondément en lui-même et lui a donné vie à travers une chanson qui raconte ses aventures. Un peu comme un superhéros de Comics genre Marvel, un X-Men inconnu mais dont Marçao serait un fan absolu, issu de ses souvenirs, confus mais tenaces. Ce superhéros c’est Captain Seu, version superhéroïque de Seu Joao, un chanteur fictif que j’ai largement adapté de Seu Jorge, mon idole personnelle. Captain Seu serait le Spiderman de Peter Parker Seu Joao, en gros.

Bref : comme Marçao est un personnage lunaire, à la poétique polarisée vers l’absurde et qui n’en a rien à fiche tant il se sent investi d’une mission supérieure, il me fallait écrire une chanson qui révèle ça. C’est ce que j’ai essayé de faire, à partir de 4 accords sur un ukulélé. Vous me direz…

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(Les HOTD avant le massacre)

Le tournage sur les quais de Seine

Bon, nous voilà sur les quais, début d’après midi. Tout le monde arrive à l’heure (ou presque, la prod s’acharne à circuler à Paris en voiture. A Paris. En voiture.) Les figurants ont presque tous trouvé le chemin. Le soleil est au rendez-vous. Ca va le faire.

Il y a quelques précautions à prendre : on n’a pas le droit de filmer un monument de Paris sans autorisation. On n’a d’ailleurs pas le droit de tourner en extérieur à Paris sans autorisation, sauf si l’équipe comprend moins de 10 personnes et qu’on n’a pas de pied pour poser la caméra (je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi. Il faut savoir que ce qui attire le public lors d’un tournage n’est pas la caméra mais la perche du micro. Tout le monde a une caméra. Mais la perche, elle, elle veut dire « ici on fait du cinéma »). Pas le droit non plus, en théorie, de filmer les péniches. Ni les gens, sans leur autorisation.

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(Des figurants extatiques)

Péniche et Production Value

Dans le cinéma indépendant, et a fortiori dans le cinéma guérilla, il y a un principe aussi simple qu’amusant, voire lucratif : la Production Value. Ca consiste à exploiter au maximum tout ce qu’on obtient gratuitement alors qu’on devrait payer des fortunes pour l’avoir. Ca donne au film une dimension plus grande, ça donne le sentiment qu’un gros budget a été attribué, ça améliore la perception que le public en a. En résumé, la production value c’est tout bénéf et il faut en profiter autant que possible sans hésiter. Exemple de production value : la tour Eiffel. Des péniches sur la Seine. Des musiciens talentueux qui jouent pour vous.
Autant vous dire que des péniches, on en a filmé quelques unes, et avec gourmandise.

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(Oh une péniche)

Sur le plateau, l’ambiance est plutôt détendue. Je ne veux pas brusquer les figurants qui sont venus, je ne veux pas donner à l’équipe technique (que j’ai convaincue du sérieux du projet depuis Montereau, mais que je connais encore assez mal) l’image d’un réalisateur mégalomane, je veux que sur le tournage il y ait une bonne ambiance. Donc je suis cool.

On finit un peu tard malgré le soleil de juillet, et la lumière est instable. Mais les images sont plutôt réussies. Les figurants sont restés jusqu’au bout. On les libère après quand même plusieurs heures de tournage (3 heures, de mémoire). On a réussi à se débarrasser du joueur de djembé qui s’est installé comme chez lui (et en un sens il a raison. Mais c’est pourtant pas compliqué de voir qu’on tourne un film et d’aller jouer ailleurs. Que voulez-vous, les joueurs de djembé et moi, ça fait deux…) Les gags fonctionnent, tout s’est bien passé, on plie.

Léger problème technique

Premier souci : mon comédien principal. Attention, je l’adore. Mais dans l’instant de cette scène, il n’a plus exactement en tête les paroles de ma chanson absurde. On refait les prises plusieurs fois, et je lui reconnais ici, devant vous, un talent incroyable, qui est d’oser s’exposer comme il l’a fait devant un public inconnu de passants ahuris.
Néanmoins, il n’a plus les paroles. Et dans l’action, et sans casque, et dans l’euphorie, je ne contrôle pas ça (deuxième souci).

En soi, ce n’est pas bien grave : la chanson est suffisamment absurde pour que l’ordre des couplets n’ait pas de véritable impact. Et on entendra la chanson plusieurs fois dans le film. L’essentiel n’est pas là.

Mais…

Mais l’équipe de son maîtrise encore mal le matériel de location (troisième souci. Encore un et on reforme les Banshees). Et je ne sais plus exactement quoi, mais soit ils oublient de retirer la carte mémoire du magnéto, soit ils n’ont pas enregistré le son au bon endroit, soit autre chose. Ca n’est que le lendemain, en vérifiant les rushs, qu’on se rendra compte qu’on n’a pas de son. Du tout. Rien.

Tirer des leçons de chaque scène

Bon, qu’à cela ne tienne, on enregistrera les pistes son à part, en doublant la vidéo.
Sauf qu’avec les paroles à l’envers, quand on refait la voix, on ne vérifie pas que la chanson est dans le désordre. Résultat : une bonne partie de plaisir au montage, un véritable jonglage, qui m’apprend plein de trucs et nous pousse avec Roberto le monteur à ruser en permanence.

(On refait la prise avec les HOTD pour le son. Et moi au djembé. Un gag en soi)

Je crois comme Godard (en fait, grâce à lui) qu’une bonne scène peut être floue ou cumuler les défauts techniques, tant qu’elle dégage de l’émotion. C’est cela qui compte : l’humain dans le film. Je crois qu’à partir du 3ème jour, j’ai pris cette idée comme fil conducteur majeur de l’histoire, et de l’aventure que nous étions en train de vivre. Cap sur l’humain, fi des écueils techniques. On n’a pas vraiment le choix, alors assumons-le toutes voiles dehors !

Marçao Jour 2 : Fond vert et joues roses

Comment tourner un dialogue à plusieurs mois d’écart ?

Le 2ème jour de tournage du film Le Retour de Marçao consistait à filmer l’un des personnages principaux, Seu Joao (interprété par Anthony De Luca), sur fond vert. L’objectif était de pourvoir incruster son visage sur un ciel bleu, pour en faire une apparition mystique. Pour cela, nous avons profité de l’infrastructure de la société de production audiovisuelle La Room, à Paris, dans le quartier des Halles.

Bon, le vrai enjeu n’était pas la mise en scène (un gros plan fixe), mais le fait que la scène avec l’incrustation soit en fait un dialogue. Bien sûr, le deuxième personnage du dialogue (Marçao) n’était pas présent dans le studio, puisque sa partie de dialogue se fait au bord de la Seine. C’est d’ailleurs l’un des seuls jours de tournage où Auguste Dumay n’est pas présent !

Bolex Vs. écran vert / Anthony De Luca do Brasil

Donc, comment faire pour que malgré l’absence du deuxième comédien qui donne la réplique, on ait une scène crédible et organisée, deux personnages qui se regardent, alors que plusieurs mois vont séparer le tournage des deux parties de la scène ? C’est notre photographe de plateau, le talentueux Guillaume, qui va s’assoir à peu près à la hauteur de Marçao, et lire son texte, pour aider Anthony.

Un film indé, c’est aussi une équipe multi-tâches 🙂

Photos et Corcovado

Nous avons également profité de cette occasion pour réaliser quelques photos de Seu Joao / Anthony qui serviront par la suite à concevoir de fausses affiches de concert, ainsi que des photos de promotion du film. C’est notamment l’une de ces photos, que j’adore, qui illustre la profil de la page Facebook du film ! Nous nous en sommes également servi pour faire figurer Seu Joao devant le Corcovado et son célèbre Christ géant à Rio. Je conserve précieusement derrière mon bureau ce photo montage génial de dérision et de photoshopage (bravo à Véronique, la productrice, pour cette réalisation. Encore un talent multiple :)) Vous la retrouverez dans la chambre de Marçao, au début du film…

Seu Joao à Paris vs. Seu Joao à Rio

La scène avec fond vert n’est à ce jour pas encore montée, dans la mesure où l’incrustation de Seu Joao n’a pas encore été faite. Je ne sais donc toujours pas si ça fonctionne convenablement. Ca fait partie de toutes les surprises que Marçao me réserve encore…

Mais je retiens de cette journée de tournage, surtout, l’atmosphère super agréable dans l’équipe, la motivation, l’implication de chacun (merci encore à tous !!!). Et la tête rose d’Anthony sur les fichiers Raw de la Bolex 🙂 La lumière, c’est aussi tout un art. Heureusement que l’étalonnage va rattraper ça ! (quand je vous parlais de surprises…)

More to Come Soon Mates!

(Photos Guillaume Fromental)

 

Jour zéro : la première équipe

Pour préparer le tournage, et en particulier la première journée à Montereau, il a d’abord fallu réunir toute une équipe technique. Certes j’étais prêt à assumer un maximum de postes, scénariste, réalisateur, cadreur, script, compositeur, etc. (un etc. bien court en définitive, car il y a tout de même pas mal de postes que je ne me sentais pas, et ne me sens toujours pas, prêt à tenir, comme preneur de son ou monteur, sans parler de comédien), mais il valait mieux compter sur des pros, ou des personnes un peu plus expérimentées que moi pour que le film se fasse dans de meilleurs conditions. J’avais d’ailleurs en tête que l’un des intérêts d’un film par rapport à l’écriture d’un livre, c’est l’équipe. Je reviendrai probablement dessus un de ces jours.
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(Une grande et belle partie de la « 1ère équipe » en réunion de préparation de la 1ère journée de tournage. Merci à vous tous !!)

Bref : par l’entremise d’Auguste Dumay, qui interprète le personnage principal du long métrage autoproduit Le Retour de Marçao, j’ai ainsi pu rencontrer une belle team d’étudiants en audiovisuel. Ils avaient ensemble réalisé plusieurs courts métrages dans le cadre de leur année scolaire, et Auguste m’assurait du sérieux et de la compétence de chacun.

Une équipe technique, ça veut dire qu’il faut pourvoir à tous les postes qui participent à la conception d’un film (sans aucun ordre d’importance) :

  • Réalisateur, scénariste (ça c’est fait :p)
  • Chef Opérateur : La personne la plus importante sur un plateau après le réalisateur : il / elle crée l’image, en gérant la lumière, choisit en général la caméra en fonction des besoins du réalisateur, choisit les optiques, etc. Pour Marçao, nous avons le plus souvent tourné en lumière naturelle, et nous avons utilisé les optiques de la Bolex (des Kish à monture C)
  • Cadreur : il / elle se conjugue souvent avec le poste de Chef Opérateur. Il est le garant du bon cadre de l’image. Il tient donc la caméra. Ma Bolex (mon préciiieeeeuuuuux) !!
  • Preneur de son : en général un binôme ingé son + perchman. Le son, comme disait Spielberg, c’est 50% du film.
  • Monteur : c’est la personne qui va récupérer les images pour les assembler et raconter l’histoire. On est en plein dedans en ce moment. C’est chaud.
  • Producteur : la personne qui met de l’argent dans le film, mais qui peut aussi organiser le tournage (on l’appelle alors producteur exécutif), ou aller chercher l’argent. C’est le propriétaire du film à la fin (mais pas propriétaire du scénario).
  • Script : la personne qui clape (souvent), mais surtout qui note scrupuleusement les détails d’une scène, afin d’éviter les faux raccords (les erreurs de continuité d’une scène à l’autre).
  • HMC : Habillage, Maquillage, Coiffure. Très important, notamment parce que la lumière sur un plateau éclaire différemment les visages ! Ce sont aussi les premières personnes à intervenir le jour du tournage : on ne tourne que lorsque les HMC ont terminé leur travail 🙂

Ensuite il y a plein d’autres intervenants, que je détaillerai plus tard.

Ainsi soit-il. Un beau jour d’avril je me suis présenté dans une salle de classe pour faire leur rencontre. Et c’est quasi unanimement qu’ils ont accepté ce projet assez dingue : réaliser un long métrage de fiction. Ca les changeait des films institutionnels qu’on leur proposait à l’école ! Assez immédiatement la discussion a tourné autour de la faisabilité du projet. De ce que ça impliquait en termes de délais, de disponibilité, d’autorisation, etc. Nous nous connaissions depuis quelques minutes et déjà, nous parlions concrètement. C’est à n’en pas douter ce qui m’a tout de suite séduit chez ces étudiants motivés, cultivés, volontaires. J’avais la pression, moi qui étais sensé la leur mettre à eux ! Je n’avais alors qu’une quarantaine de pages de script (on estime qu’une page égale une minute de film). Mais j’ai adoré cette énergie spontanée, créative… Je me souviens d’Hugo disant clairement « Un long métrage, tu mets tes c*** sur la table ! ». Ca en disait long sur leur investissement prochain.

Je cause, je cause, mais je n’en oublie pas leurs noms (sauf à deux ou trois, pardon les gars) ! Les voici donc dans un désordre voulu 😉 Amaury Audoin, Damien Prin, Charlotte Barbé (qui fut la première à accepter de me rencontrer avant de me présenter toute l’équipe), Quentin Ormancey, Hugo Liebling, Antoine, l’autre Quentin, vint ensuite Elodie Chambrillon, puis Ludmilla, et enfin Antony Clément au départ de la production. La productrice finale du film, Véronique Sanchez, n’était pas très loin ! On la retrouvera sur Montereau dans un tout autre rôle, puis plus tard dans le film en tant que comédienne 😉 J’ajoute aussi Kiem Pham au son !

Peu après il y aura Ludivine Philippe notre habilleuse styliste, Jessica Rodriguez notre maquilleuse, puis Manon Delhomme et Ophélie Bazeille qui l’accompagneront. Hélora Moitaux sera assez vite de la partie également en tant qu’assistante de prod et script, et jusqu’au bout puisqu’elle travaille actuellement sur l’affiche ! Plus tard il y aura aussi Flavie Acier et Roberto d’Alessandro au montage !

J’espère n’oublier personne ! Ce serait involontaire de ma part. Merci à tous et toutes pour votre confiance insensée. Comme je le leur ai dit au retour des trois premiers jours de tournage à Montereau : c’est un honneur incroyable qu’ils m’ont fait d’avoir travaillé sur ce film. Et si certains n’ont pas poursuivi l’aventure jusqu’au bout, quelles qu’en soient les raisons, je conserverai toujours la chaleur de leur confiance.

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Je me le promets depuis un moment, alors je vais tenir la promesse au moins pour moi-même, et j’espère pour vous ! Vous raconter le déroulement du tournage de mon premier film en long métrage Le Retour de Marçao, jour par jour 🙂

Let’s go.

Premier jour, dernière scène

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Le cinéma, et j’aime aussi en faire pour ça, c’est un assemblage d’images qui n’ont pas forcément été tournées dans l’ordre de l’histoire. Il y a même une dimension assez magique à tourner les scènes dans le désordre. Ca oblige à pas mal d’organisation, ça oblige à se projeter à différents moments du film comme un ping pong aléatoire, ça oblige à écrire de façon aussi serrée, et sérieuse, que possible. J’adore.

Et donc, au premier jour du tournage du Retour de Marçao (qui s’appelait à l’époque sobrement Rio), fut tournée la dernière scène du film. On ne peut pas faire plus bel effet miroir. Ce premier jour a eu lieu le samedi 5 juin 2015.

L’enjeu était assez dingue, et multiple : d’une part, débuter un tournage par la scène de fin. Belle pression : le cadreur n’avait jamais manipulé la Digital Bolex avec laquelle j’avais décidé de tourner le film. Comme ils étaient tous étudiants, leur seule expérience de tournage se limitait à des courts métrages réalisés dans le cadre de leur cursus. Moi non plus, je n’avais pas d’autre expérience que quelques courts. Manager une équipe complète sur un plateau, jamais fait.

Autre enjeu, et probablement le plus important : je n’avais pas le droit de rater ma scène. en effet, nous n’avions le temps que pour une seule prise. Deux minutes. Un go, un stop, et pas de seconde chance.

Un festival de 10 000 personnes

En effet, pas de seconde chance, parce que nous avons tourné entre deux concerts lors d’un festival en plein air, à Montereau (77). Et le changement de plateau entre chaque show était millimétré. Comme il fallait monter sur scène et jouer notre séquence devant le public, pas question de couper et de dire « on la refait ».

Pour réussir notre plan de la façon la plus sûre possible, étant donné que nous n’avions pas droit à l’erreur, nous sommes venus repérer le plateau la veille. La grande scène du festival où nous devions tourner était montée. Nous pouvions monter dessus et effectuer les premières « mécas », c’est-à-dire simuler la scène sans la caméra, vérifier les mouvements, répéter le texte, peaufiner la mise en scène, placer les techniciens et les comédiens, etc.

Sauf que…

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Des repérages qui tombent à l’eau

Sauf que le lendemain, jour du tournage, pas mal de choses avaient changé : l’accès à la scène par les backstages avait changé : la rampe par laquelle le comédien principal (Auguste Dumay) devait arriver jusqu’à la scène avait été enlevée. Elle ne servait qu’à charger le matériel. Il fallait donc revoir complètement notre séquence, et les fameuses mécas ne servaient plus à rien…

Par ailleurs, le timing était à priori en notre faveur : nous devions passer juste avant le concert de Yannick Noah, en milieu d’après midi. Cela nous laissait le temps pour : faire les réglages de la caméra, refaire des mécas, envisager une autre solution pour l’arrivée du personnage principal, etc.

montereau-festival-confluences-marcao-techniciensSauf que, là encore, ce qui devait être un avantage est devenu un inconvénient majeur, voire un vrai problème : pour lancer notre tournage nous devions nous conformer à l’avis du régisseur général. Régisseur sur un festival, c’est le chef, celui qui dit oui ou non. Pas un type rigolo. Le moindre problème, le moindre retard, et il peut parfaitement annuler ce qui n’était pas prévu à la base. Alors une demi douzaine d’amateurs qui s’immiscent dans son festival… un simple accroc au planning et hop ! à la trappe, notre tournage.

Et plus le temps passe, plus les changements de plateaux prennent du retard, et plus il est facile de le rattraper en nous annulant, nous. Pour tout dire, je suis resté convaincu pendant toute la journée (nous sommes arrivés à 11h) qu’à chaque seconde on allait nous dire que notre autorisation de tourner tombait à l’eau. En termes de management, belle leçon : surtout ne pas transmettre mes craintes à l’équipe ! Pas facile, d’autant plus que le directeur de la communication est venu me voir plusieurs fois, pour des questions mineures, mais à chaque fois qu’il me faisait signe pour me parler en « off », je m’attendais à ce qu’il me dise qu’on n’allait pas pouvoir tourner.

La scène de Yannick Noah

Et puis finalement, si. Nous avons tourné. Je me souviens parfaitement de cette longue minute avant le concert de Yannick Noah : nous, le cadreur, le perchman, son assistant qui devait courir poser un micro devant la scène pour prendre les éventuels applaudissements du public, les deux comédiens, l’assistante de prod (tous étudiants), et tout ce petit monde qui se faisait aussi discret que possible pour laisser les équipes de Noah et du groupe précédent se croiser pour changer les plateaux. Et au bout de cette longue minute où le régisseur pouvait encore nous dire non, je le vois se retourner vers moi. Je m’attends à ce qu’il me dise « c’est pas possible ». Mais de sa bouche sortent d’autres mots : « c’est à vous ».

Le moteur tournait depuis un moment. Alors Action. Et c’est parti.

Le public en face s’attend à voir Noah. Le festival est immense : 10 000 personnes (on me le confirmera par la suite) qui nous voient débarquer, totalement inconnus. Mais ils applaudissent. Ils crient pour nous accueillir. Le soleil est écrasant, le ciel est limpide. Notre expérience est extraordinaire. Je suis le cadreur, juste derrière lui (nous n’avons pour tout moniteur de contrôle qu’un fidèle Lilliput 5 pouces, prêté par un ami, Guillaume – merci à lui ! – branché sur la caméra) et je sais que la prise est bonne.

Coupez ! C’est dans la boîte, nous sortons de scène et nous explosons de joie.

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Ma plus grande émotion

Ma plus grande émotion pour cette première journée est d’avoir offert à mon équipe ce que je lui avais promis : une grande scène sur un grand festival, plusieurs milliers de spectateurs, et une aventure incroyable 🙂 Je ne remercierai jamais assez la mairie de Montereau de m’avoir permis de tourner cette séquence (je vous expliquerai un jour comment je suis parvenu à obtenir cette autorisation – totalement gratuitement), et je ne remercierai jamais assez mon équipe d’avoir été assez dingue pour me suivre !

(Photos Elodie Chambrillon)

BAFTA : les films diffusés uniquement en streaming seront éligibles. La révolution est là.

C’est LA bonne nouvelle, l’excellente nouvelle des BAFTA, l’académie britannique du cinéma, l’équivalent des Oscars au Royaume-Uni : désormais, les films diffusés uniquement en streaming seront tout aussi éligibles que ceux qui  auront au préalable bénéficié d’une sortie en salle.

Révolution, oui, et une belle, une qui ne nécessitera pas de couper des têtes. Une révolution qui considère le cinéma en tant que tel et non pas en fonction de son mode de diffusion. On parle à nouveau et enfin de cinéma pour ce qu’il est.

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Tom Cruise et Leonardo di Caprio, bientôt en Direct to VOD

J’avais eu l’intuition que l’avenir du cinéma allait se jouer AUSSI en VOD, en home cinema, tout autant que dans les salles (et même davantage d’ici quelques années, si vous voulez mon avis). Les envies du public changent. Les modes de production des films changent. Le matériel pour faire et voir des films change. Désormais, la façon de les récompenser change aussi.

C’est une nouvelle fabuleuse pour moi, non pas parce qu’elle confirme que j’avais raison (avoir raison n’est jamais une satisfaction), mais parce qu’elle va permettre à de nombreux réalisateurs comme à moi de faire des films d’une autre façon, et d’être reconnus pour leurs films en tant que tels. Parce que ça continue à ouvrir des voies. Parce que ça bouge, ça vit, ce sont des perspectives créatives extraordinaires puisqu’elles sortent du carcan traditionnel.

Oh, ce n’est pas demain que les producteurs qui ont fait leur beurre grâce aux salles, et qui ont encore l’argent nécessaire pour faire des grands films d’envergure internationale accepteront ces changements. On les comprend : pourquoi changer un système qui les a rendus riches ? Reste que des producteurs avec moins d’argent mais plus d’audace, des réalisateurs créatifs, des comédiens optimistes et amoureux de l’art creusent un sillon dans lequel commence à pousser quelque chose de grand. Il n’y a pas qu’un seul cinéma. Le cinéma est incroyablement multiple. Et il y a autant de façon de faire des films.

Bien obligé de reconnaître que Netflix, Amazon et les grands acteurs du web n’y sont pas pour rien. C’est bien sûr leur business qui y gagne avant tout. Mais je veux croire que cela apportera une notoriété et surtout une légitimité aux films destinés à la VOD, faute d’être acceptés par une industrie traditionnelle à la papa, désormais datée.

Knock knock ! Qui frappe à la porte ?