Cartographie du Western depuis 2000

Trouvé sur la page Facebook de Vodkaster.
Lesquels avez-vous vus ? Lesquels avez-vous aimés ?
Personnellement, je n’en ai pas vus tant que ça*. Peut-être parce que mon goût du western ne s’arrange que de sauce tomate italienne ?
westerns cartographie cinema*Oh ! Si, j’ai vu True Grit, et je me suis ennuyé, mais rien comparé à Django Unchained que j’ai tout simplement interrompu. Trop de violence inutile, trop d’écoeurement, trop de gavage.

The Bling Ring : Sofia Coppola dérange

the bling ring sofia coppola emma watson posterGrosse discussion hier soir au Silencio de David Lynch avec le producteur de La Vie Simple, Benoit Pierre (Enormous Pictures), pendant le concert d’Asia Argento, à propos de The Bling Ring, le film de Sofia Coppola avec, entre autres, Emma Watson* (j’aurai rarement autant name-dropé en si peu de mots).

The Bling Ring Vs. Spring Breakers

Car moi, contrairement à à peu près tout le monde, j’ai beaucoup été touché par The Bling Ring.

Si je me mets un peu à la place de Sofia Coppola, je suis juste un peu vert de ce qu’a fait Harmony Korine avec Spring Breakers : même thème de la jeunesse qui rêve de faire partie du monde du spectacle, même dérive adolescente écervelée, même glissement dans le délit ou le crime. Spring Breakers est quand même autrement plus subversif.
Mais les deux films parlent de la même chose : la façon dont le rêve américain, qui passe par l’image, par la mise en scène de sa réussite, attire implacablement les jeunes, pauvres comme riches. Il n’y a pas de fracture sociale à l’illusion télévisuelle. Les jeunes filles paumées de Spring Breakers comme les petites bourgeoises de The Bling Ring n’ont qu’une envie : exister à travers l’image, celle de MTV ou celle de Facebook, celle des clips ou celle des soirées en boîtes de nuit VIP. De là vient la dérive que Sofia Coppola et Harmony Korine mettent en scène. La possession, le matérialisme, les marques signes extérieurs de réussite.

Questions de société

Bref. Ce qui m’a beaucoup plu dans The Bling Ring, c’est d’abord qu’il s’agit d’un film qui parle de notre société : l’impact de Google, la facilité de trouver l’adresse d’une star une fois que Facebook nous a appris qu’elle était loin de chez elle, la simplicité pour obtenir des informations sur sa vie privée… La frontière entre vie publique et vie privée est balayée, les ados le savent mieux que nous, et Sofia Coppola le montre très bien. Moi, pour de multiples raisons, ça me fait pas mal réfléchir.

Ensuite, et surtout, parce que The Bling Ring m’interroge sur ce rêve hollywoodien. Comment ne pas me sentir davantage concerné par les envies d’Emma Watson, moi qui ai reçu à Los Angeles un choc solaire phénoménal ? D’où vient ma propre culture, ma propre envie de cinéma, ma motivation d’écrire des films, si ce n’est d’Hollywood ? En quoi ce rêve n’est-il pas totalement absurde ? En quoi n’est-il pas qu’une illusion, et la frontière qui me sépare de ces ados est-elle si éloignée de moi que cela ? Pas sûr.

Sofia Coppola délaisse le lisse

Enfin, Sofia Coppola n’est plus la réalisatrice de Virgin Suicides. The Bling Ring est tendu d’ironie, voire de cynisme. Le positionnement de la cinéaste n’est pas aussi simple qu’avant. Fini, les personnages droits et les intentions carrées de Lost For Translation ou de Somewhere.
Impossible de résumer en une phrase la psychologie des uns ou des autres. C’est beaucoup plus complexe, on ne peut pas en vouloir à ces gamines et on est obligés de les trouver cruche. De les trouver perdues, elles aussi. Coppola ne prend pas position. Elle montre un système, de façon plus politique que dans ses précédents films. Mais elle sait aussi qu’elle est le système. Et la tendresse qu’elle affiche pour ses héroïnes est perceptibles.

Ce qui rend The Bling Ring particulièrement complexe, insaisissable, envoûtant. Et touchant.

*Oh ! et on aperçoit Kirsten Dunst. Je suis comblé.

A la Recherche du Bonheur

The Pursuit of Happyness, film de Gabriele Muccino* (2006), avec Will Smith, Jaden Smith, Thandie Newton… (la faute d’orthographe du titre est volontaire), est un film assez déroutant.

Bonheur = $$$

S’appuyant sur une histoire vraie, Gabriele Muccino raconte comment Chris Gardner affronte sa vie qui lui échappe pour devenir courtier, et donc, super riche.
C’est en voyant un courtier garer sa Ferrari devant une banque que Chris Gardner, jusque là vendeur de scanners, se met à rêver à une vie meilleure. Le cadre est posé : le bonheur tant recherché passe nécessairement par l’argent.

En ceci, A la Recherche du Bonheur est un pur produit américain, symptomatique d’une société qui valorise les self-made men, les gagnants, c’est-à-dire les meilleurs. Être second n’est pas une option. Une phrase symbolise cette philosophie très eighties : « ne prenez aucun risque : visez 100 % (de réussite à l’examen) ». 99 % est un échec.

L’important ce n’est plus l’histoire…

a la poursuite du bonheur will smithC’est donc avec une grande naïveté que Will Smith affronte les mille difficultés de sa vie : la dure réalité des représentants de commerce ; la séparation avec une femme qui, très logiquement, le quitte parce qu’il ne gagne pas assez d’argent ; le cynisme des nourrices qui s’autorisent tout dès lors que des parents ont un retard de paiement ; les propriétaires qui en ont assez d’être humanistes face à des loyers impayés ; les impôts qui grèvent votre compte en banque sans vous en avertir préalablement ; la police qui se moque que votre fils reste seul à la maison si vous ne payez pas vos contraventions ; etc.

Tout est mené par l’argent. Les gens heureux sont bien habillés, sourient à la vie dans leurs costumes bien coupés, se retrouvent dans les loges VIP des matchs de football, et s’entraident. Voire, généreusement aident les pauvres, alors que les pauvres se volent entre eux.
Il faut donc être riche pour réussir. Pour prouver qu’on a réussi.

Signe extérieur de bonheur

Reste une dimension fort intéressante : si le succès est possible aux USA pour qui retrousse ses manches et est prêt à se battre pour être le meilleur, ceux qui échouent ne sont pas pour autant dénigrés. Le cinéaste ne néglige pas les très grandes difficultés, la profonde précarité des laissés pour compte, des SDF. Le film ne tait pas à quel point ne pas avoir d’argent met des files entières de sans abris en galère, de logements précaires en cantines sordides.

C’est donc avec une touchante honnêteté qu’A la Recherche du Bonheur décrit une société américaine centrée sur l’argent, ce que l’argent permet, ce qu’il empêche, et à quel point il est vital de mettre l’argent au centre de sa vie.

Un public européen qui attendrait un autre enjeu du film pourrait tenter de convertir le symbole de la Ferrari en ce qu’il veut : un objectif de réussite humaniste, personnel, artistique… peu importe. C’est difficile, le film n’est pas un symbole, il est tiré d’une histoire vraie, et sa morale est simple : bonheur = argent. Mais pourquoi pas.

En quoi ce film m’aide dans mon projet ?

L’écriture du film est fluide. En s’appuyant sur une structure simple, chapitrée à l’extrême (un narrateur donne en voix off l’impulsion de chaque chapitre, au cas où on n’aurait pas suivi), permet de s’intéresser à autre chose : la société, le contexte.

*Oh ! Gabriele Muccino a également réalisé 7 vies avec Will Smith, Souviens-toi de moi avec Laura Morante…

Piège de Cristal, le truc des pieds nus

imagesL’excellente émission de France Inter « Pendant les travaux le cinéma reste ouvert » a consacré son édition du samedi 13 juillet au réalisateur américain de Die Hard, Rollerball (le remake), Predator, A la Poursuite d’Octobre Rouge et j’en passe, John MacTiernan, sous le titre « Comment John Mctiernan* a-t-il réinventé le cinéma d’action hollywoodien ? »

Comment caractériser un personnage en une scène ?

Je vous avoue que si j’ai vu la plupart de ses films, je n’ai jamais pris la peine de m’interroger sur son impact sur l’industrie hollywoodienne. Merci donc à cette émission, qui établit de façon à la fois pertinente et abordable une analyse fine du cinéma de McTiernan.


Je vous laisse la découvrir en podcast, mais je retiens une chose importante : pour Die Hard (Piège de Cristal), John McTiernan a pensé à son personnage de John McLane autour d’une thématique simple : ce type, flic expérimenté, ne trouve pas sa place dans la société, et ce d’autant moins qu’il est de New York et qu’on l’envoie à Los Angeles. Dans l’avion, il est pris de panique. Son voisin de siège l’invite à retirer ses chaussures pour être en contact avec le sol de l’avion, et donc moins « perdu ».

Les pieds nus : un détail qui crée le mythe

C’est ainsi que durant tout le film, McLane / Bruce Willis sera pieds nus : pour mieux petre en contact avec le sol, ou avec cette société qu’il comprend mal et qui le déboussole. La bonne idée de scénario n’est pas temps de créer un personnage qui éprouve des difficultés à être en phase avec son environnement. Mais d’une part, à créer un truc unique dans le film d’action : un flic pieds nus. Et d’autre part, à multiplier les situations compliquées pour un héros sans chaussures dans des tours dont le verre éclate à tous les couloirs.

J’ai passé une bonne partie de ma journée à me demander comment mes personnages pourraient à leur tour se retrouver pieds nus. Exercice très cadrant, très simple, et très enrichissant.

*Oh ! John Mctiernan a également réalisé Nomads, Medicine Man, Last Action Hero, Die Hard 3 (Die Hard 2 sera réalisé par Renny Harlin), Le 13ème Guerrier, Thomas Crown (encore un remake), et Basic. Pas mal.

Paris à tout prix

shirley bousquet paris a tout prix

Je n’ai pas encore vu Paris à tout prix, de Reem Khericy, mais j’ai un intérêt particulier pour ce film puisque y figure Shirley Bousquet*, qui est une amie.

Quelle n’a pas été ma surprise, et mon plaisir, de découvrir Shirley en page d’accueil d’Allociné hier pour la sortie du film, à l’occasion d’une interview promo !

Bravo, c’est agréable de suivre une actrice qui monte, surtout quand on la connaît depuis longtemps.

* Oh ! Shirley Bousquet aligne notamment Caméra Café, L’Amour c’est mieux à deux, Plan de Table, Taxi 2… On la retrouvera dans Le Petit Joueur aux côtés de Jean Dujardin. Pas mal.

World War Z – Brad Pitt brade son pitch

Etrange idée de débuter un blog sur le scenario de cinéma par World War Z (2013, Marc Foster, scénario de l’incontournable Damon Lindelof*, avec Brad Pitt, donc). Parce qu’en terme de scénario, pardon : cette histoire de zombies est totalement vide.

Un scénario aussi creux qu’une cervelle de zombie…

Mais est-ce le but ? Finalement, un film traitant de l’état décérébré des « Un-Dead » s’illustrerait idéalement à ne pas trop forcer la dose sur des personnages complexes, à la psychologie fine, aux tourments insolubles. Sauf qu’ici, l’absence totale de psychologie des personnages crée une forme de point commun assez immédiat entre le héros, sa famille, et leurs terribles poursuivants morts-vivants.

Bon. Ne cherchons pas plus loin d’autres fins qu’une simple intention de réaliser un pop-corn movie. Et ça marche. World War Z passe pour un pur « film de réalisateur », l’objectif du script étant surtout de créer ces scènes très prenantes où les zombies envahissent des villes entières, franchissent des murailles et bondissent sur les humains. Et c’est plutôt flippant, donc réussi. L’histoire, quant à elle, tient sur une tranche de papier à cigarette : les zombies, victimes d’un virus non identifié, envahissent la planète à une vitesse phénoménale. Brad doit trouver la solution, viiiite.

Qu’en retenir ?

Dans le cadre de l’écriture d’un scénario, quelques éléments font tout de même réfléchir :

– la famille du héros est nécessaire, même si elle n’a aucun rôle dans le film. On ne tremble pas pour elle, elle ne sert qu’un gag médiocre, elle ne joue aucun rôle dans le développement de l’histoire. D’ailleurs, on l’abandonne assez tôt.

– Le « virus de la fin » (léger spoil qu’on me pardonnera) n’est pas du tout identifié. Tiens, pourtant, il a l’air très dangereux. Mais dans l’histoire, seul son danger compte, pas son nom.

A quoi bon s’acharner à écrire la chute des zombies, puisque le but est de montrer leur ascension ? On peut donc tranquillement solder la fin par une voix off, et le tour est joué.

– Ne jamais laisser ses personnages prendre l’avion sans exploiter cet espace si particulier. Ca donne de très chouettes scènes.

– Et tant qu’à les mettre dans un avion, faites-leur faire le tour du monde. Ca donne la sensation d’un film à grand spectacle, ça comble des vides de scénario en emmenant le spectateur avec soi.

A mûrir.

*Oh ! Juste pour info : Damon Lindelof a signé Lost, Prometheus, Cowboys et Envahisseurs, Star Trek into Darkness…