Tirez la langue, Mademoiselle – Diagnostic réservé

Vu Tirez la langue, Mademoiselle, d’Axelle Ropert, avec Louise Bourgoin (tête d’affiche dans tous les sens du terme), Cédric Kahn*, Laurent Stocker. L’histoire en quelques mots : deux frères aussi médecins qu’inséparables tombent amoureux de la même femme. J’avais été séduit par la critique du Monde signée Jacques Mandelbaum.
louise bourgoin affiche de tirez la langue mademoiselle de axelle ropert

Le mal français ?

Niveau scénario, la structure est classique : 3 actes, quelques noeuds dramatiques majeurs bien placés, une résolution digne d’une comédie romantique, même si on reste bien ici davantage dans le drame sentimental.

Quelques éléments de scénario un peu gênants :

la dernière scène. On est bien d’accord : derrière la question tragique des deux prétendants fraternels, c’est la question du bonheur dans l’amour dont il est question. Un dialogue avec l’un des patient des deux médecins frangins la pose d’ailleurs clairement : être amoureux, ça sert à être heureux. C’est dit. Alors, par Saint Fred Astaire, pourquoi prendre les spectateurs pour des imbéciles en larguant lourdement la tirade finale, entre deux personnages revenus d’on ne sait où : « Vous pensez qu’ils sont heureux ? » Ah ? C’était donc bien la question du film ? Nous voici rassurés, nous avions donc bien tout compris depuis le début. Fin loupée.

En même temps, si on coupe cette fin, la dernière scène devient celle de l’hôpital et du sourire de Louise Bourgoin. Comme cliché, on ne fait pas mieux. Bon. Mais tout cela ressemble à un pansement sur une jambe de bois, quoi.

(Allez, une petite bande annonce)

La question de l’épouse : on est dans un film français. Quand il est question d’amour, je ne sais pas, mais pour moi cela pose systématiquement la question de l’adultère. C’est presque une nécessité génétique :

Règle de scénario N°1 :

HISTOIRE D’AMOUR + FILM FRANÇAIS = QUESTION DE L’ADULTERE

Même Woody Allen sait ça.

Ca va, ils ont roulé leur bosse, les deux frères. Des femmes, ils en ont connu, ça se voit. Alors pourquoi ne pas aller au bout avec la question de la tromperie ? De l’épouse trahie ? Du couple face à la question de la durée ? De la crise de la quarantaine ? Ce vide se ressent cruellement. Il manque un truc. Du coup le film traîne, dure, et la maigre heure 40 semble le double.

A propos de l’épouse : Ok, partons du postulat que les deux médecins fraternels sont différents, l’un grand brun ténébreux un peu dur, l’autre petit blond généreux timide. Mais oh ! ils ont un point commun, un détail, une broutille : ni l’un ni l’autre n’est marié. Ok.
Se pose dès lors la question de comment le dire. L’option choisie par Axelle Ropert est : lors d’une réunion para-médicale (j’essaye de ne pas spoiler), le petit blond gentil fait son autoportrait : sa maladie ne lui pose aucun problème avec sa femme, puisqu’il n’en a pas. Ni d’enfants, d’ailleurs. C’est dit, le « show don’t tell » est bafoué mais par une blague, on espère que ça passera. Le grand brun, lui, apporte une réponse indirecte mais plus cash : un patient lui demande purement et simplement s’il est marié. Et sa secrétaire lui fait du gringue. Point à la ligne.

Je me suis alors posé la question de savoir comment j’aurais fait, moi, en tant que scénariste. Parce que ce n’est pas tout de critiquer, il faut apporter une réponse. J’oserais celle-ci : de deux choses l’une, soit ils sont mariés, soit pas. Or (et je rappelle la règle susdite relative aux films français) : s’il y a histoire d’amour, il y a question de l’adultère. Autrement dit : s’ils sont mariés, l’épouse apparaît nécessairement. Et a contrario : s’ils ne sont pas mariés, alors l’épouse n’apparaît pas.

Règle de scénario n°2 :

HISTOIRE D’AMOUR + PAS D’EPOUSE A L’ECRAN = HEROS CELIBATAIRE ET SANS LIAISON

Je retire une sensation positive de tout cela néanmoins : la réalisatrice dresse surtout un portrait d’homme. En voulant confronter les deux portraits, peut-être par équité, peut-être par rigueur scénaristique, Axelle Ropert dissimule mal son amour net pour Cédric Kahn. Et c’est vrai qu’on s’attache à son personnage. Il aimante. Il est au coeur du film. Le vrai héros mal avoué, c’est lui. Moi qui travaille sur un projet de portraits d’hommes, ça me fait réfléchir.

* Oh ! J’avais beaucoup aimé Feux Rouges, Roberto Succo, et plus encore L’Ennui, que Cédric Kahn réalisa.

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