BAFTA : les films diffusés uniquement en streaming seront éligibles. La révolution est là.

C’est LA bonne nouvelle, l’excellente nouvelle des BAFTA, l’académie britannique du cinéma, l’équivalent des Oscars au Royaume-Uni : désormais, les films diffusés uniquement en streaming seront tout aussi éligibles que ceux qui  auront au préalable bénéficié d’une sortie en salle.

Révolution, oui, et une belle, une qui ne nécessitera pas de couper des têtes. Une révolution qui considère le cinéma en tant que tel et non pas en fonction de son mode de diffusion. On parle à nouveau et enfin de cinéma pour ce qu’il est.

tom cruise di caprio

Tom Cruise et Leonardo di Caprio, bientôt en Direct to VOD

J’avais eu l’intuition que l’avenir du cinéma allait se jouer AUSSI en VOD, en home cinema, tout autant que dans les salles (et même davantage d’ici quelques années, si vous voulez mon avis). Les envies du public changent. Les modes de production des films changent. Le matériel pour faire et voir des films change. Désormais, la façon de les récompenser change aussi.

C’est une nouvelle fabuleuse pour moi, non pas parce qu’elle confirme que j’avais raison (avoir raison n’est jamais une satisfaction), mais parce qu’elle va permettre à de nombreux réalisateurs comme à moi de faire des films d’une autre façon, et d’être reconnus pour leurs films en tant que tels. Parce que ça continue à ouvrir des voies. Parce que ça bouge, ça vit, ce sont des perspectives créatives extraordinaires puisqu’elles sortent du carcan traditionnel.

Oh, ce n’est pas demain que les producteurs qui ont fait leur beurre grâce aux salles, et qui ont encore l’argent nécessaire pour faire des grands films d’envergure internationale accepteront ces changements. On les comprend : pourquoi changer un système qui les a rendus riches ? Reste que des producteurs avec moins d’argent mais plus d’audace, des réalisateurs créatifs, des comédiens optimistes et amoureux de l’art creusent un sillon dans lequel commence à pousser quelque chose de grand. Il n’y a pas qu’un seul cinéma. Le cinéma est incroyablement multiple. Et il y a autant de façon de faire des films.

Bien obligé de reconnaître que Netflix, Amazon et les grands acteurs du web n’y sont pas pour rien. C’est bien sûr leur business qui y gagne avant tout. Mais je veux croire que cela apportera une notoriété et surtout une légitimité aux films destinés à la VOD, faute d’être acceptés par une industrie traditionnelle à la papa, désormais datée.

Knock knock ! Qui frappe à la porte ?

Bye Bye Bolex :`(

La caméra Digital Bolex D16 ne sera plus produite. Après une courte expérience qui voulut donner à la marque Bolex des lettres de noblesse digitales, le fabricant canadien a déposé le bilan. Pas assez de ventes.

Je l’ai découverte grâce à mon pote Lotfaï lors d’un séjour à Los Angeles en mai 2014. Lotfaï est un réalisateur qui a sa petite notoriété dans le milieu de la pub. Un esprit créatif comme j’en ai peu rencontré. Une personnalité. Joe Rubinstein, le créateur de cette renaissance de Bolex, était au courant que Lotfaï passait quelque temps à LA, et lui a proposé de tester sa caméra. Nous nous sommes donc rendu à Downtown, quartier dont j’adore l’atmosphère assez franchement cinématographique, pour rencontrer Joe et lui emprunter un exemplaire de la D16.

Bertrand Ploquin digitalbolex D16Mon Nikon D90 en soute, j’étais parti à LA avec l’idée de tourner un court métrage, Lotfaï assurant les postes de comédien, producteur et monteur. J’avais une idée de scénario, mais surtout une intention : faire un film expérimental, nous laisser porter par notre créativité sur l’instant, surfer sur l’énergie dont seule la mégapole californienne est capable, comme je l’avais découvert deux ans auparavant. Avec la Bolex, les enjeux s’affirmaient : nous ne pouvions pas ne rien faire. Les Dieux du court métrage étaient avec nous. En tout cas, ils nous envoyaient des f***ing signs (« Si tu vois un grand canard blanc sur le lac : c’est un signe »).

Il est clair dans ma mémoire comme clair est le ciel sur le désert de Californie, ce déjeuner entre L. et moi au cours duquel, quelques heures à peine après avoir récupéré la caméra, encore tout stupéfaits de la confiance de Joe, nous nous sommes brainstormés pour pas cher.

« – Bon, on a une caméra, 5 jours devant nous, et à nous deux on a toute une équipe : réalisateur, scénariste, acteur, producteur, monteur, preneur de son. Il faut qu’on fasse quelque chose, et vite !
– J’ai bien une idée de scénario très rapide à tourner. Il me faut juste un acteur, une actrice,  et un hôtel. Le pitch, c’est un type qui appelle sa femme pour lui dire qu’il sera en retard et qu’il ne peut pas aller chercher les enfants à l’école. Mais en fait il va voir une prostituée. Quand il sort de la chambre, il appelle sa femme, et là… (« et là » spoil).
– On fait ça ! En plus je me suis promis de rencontrer une comédienne française qui vit ici. Un motel, c’est possible ? Et si on peut utiliser la Mustang, production value assurée ! »

(Nous avions loué une Mustang décapotable aussi flambeuse que lourde, LE véhicule de tous les touristes à Los Angeles, un veau qui se traine sur les freeways. Mais nous ne boudions pas notre bonheur d’être au volant, croyez-moi !)

Deux jours plus tard, Bang était né, en une après midi de tournage aussi intense que jouissive. Je tenais pour la première fois une Digital Bolex entre les mains, et elle me permettait de faire des images qui, quelques mois plus tard, allaient me rapporter les deux premiers prix cinématographiques de ma vie.

L’expérience de la Bolex m’a tellement plu, son image si caractéristique, ses couleurs chaudes et douces, sa lumière saine, joyeuse comme un jeune chiot (oui, c’est étrange de dire cela d’une caméra, mais que voulez-vous), ce grain palpable, un grain de peau, sa texture tendre, c’est une étoffe. Un corps en forme d’images, en 16 mm numériques. Un bonheur. J’ai fini par l’acheter, comme quasiment personne en France, ai-je découvert par la suite. Un magasin de vidéo à Paris m’a demandé si je pouvais lui donner le lien de Bang pour le montrer à ses clients intrigués par la D16. Un étalonneur réputé est curieux que je lui montre les images que j’ai tournées avec ma Bolex sur mon premier long métrage. Cette caméra, ce n’est pas rien. Elle intrigue, elle inspire. Elle a une personnalité qu’aucun DSLR n’aura jamais. C’est une voix. Sa propre voix. C’est presque humain, comme relation. Demandez à Spike Lee.

Alors dans la foulée, nous en avons profité pour tourner un deuxième court métrage, qui verra bientôt le jour, avec Patricia Ponce De Leon, toujours Lotfaï à la prod et en comédien, et votre serviteur pour le reste. Nous l’avons appelé Love Angeles, pas pour rien je peux vous le dire. Ce second tournage fut généreux, touchant, et riche en rebondissements que je vous raconterai peut-être plus tard. Avec la Bolex, c’était devenu intime, fusionnel. Un début de passion. Mes images sont parfois floues, parfois sales, mais elles sont plus humaines que tout ce que je vois actuellement. Elles sont le contrepoint frondeur de la froideur chirurgicale du cinéma mainstream. Elles narguent la netteté dérisoire des milliards de pixels. Elles sont charnelles, elles sont vraies, elles sont belles. Je les aime.

Ma Digital Bolex D16 m’a permis de raconter de belles histoires. Elle appartient désormais à l’histoire.

PS. Si vous passez par LA, allez voir le Cabaret Versatile de Lola Ohlala et ses girls. De ma part.

La Route des Anges

La Route des anges est le titre préparatoire de mon prochain film, un long métrage dans lequel Fabrice Colson aura le 1er rôle.

J’ai eu la chance de rencontrer Fabrice sur le tournage du Retour de Marçao. C’est un acteur généreux, plein d’enthousiasme et très pro. Un vrai bonheur que de travailler avec lui sur les quelques scènes que je lui avais attribuées. Vous le connaissez : il participe à des dizaines de projets chaque année, séries, pubs, webseries, long métrages, courts métrages, Groland…

uber au bois dormant

Je vous l’avais dit.

J’avais en tête une histoire de road movie. Quelques idées, une intention surtout. Comme une atmosphère non encore contenue dans des mots. Un jour, en discutant avec Fabrice, je me suis aperçu que nous partagions le même goût pour Point Limite Zéro, superbe film sur l’apocalypse d’un homme. Ce film, j’en reparlerai sûrement, mais il me touche parce qu’il lâche tout. Ce lâcher-prise, voilà ce que je voudrais faire dans mon prochain film.

vanishing pointAu détour d’une journée de tournage j’ai regardé Fabrice. Il m’a soudain semblé évident qu’il ferait parfaitement l’affaire. Contre emploi, investissement dans un premier rôle, travail à long terme sur un personnage qui évolue : il m’a même semblé profondément injuste que personne avant moi n’ait pensé à lui pour un vrai grand rôle. L’autre magie du cinéma. Pour moi Fabrice est l’homme de la situation.

J’en ai parlé avec lui. L’idée lui a plu. Nous avons laissé mûrir un peu, comme c’est nécessaire pour qu’un projets gorge de concret et de plausible. Nous nous sommes revus. j’avais un synopsis plus étoffé, et Fabrice avait toujours envie.

Le coup de feu a claqué : la course est lancée. Merci à lui !

bertrand ploquin fabrice colson