Marçao Jour 1

Je me le promets depuis un moment, alors je vais tenir la promesse au moins pour moi-même, et j’espère pour vous ! Vous raconter le déroulement du tournage de mon premier film en long métrage Le Retour de Marçao, jour par jour 🙂

Let’s go.

Premier jour, dernière scène

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Le cinéma, et j’aime aussi en faire pour ça, c’est un assemblage d’images qui n’ont pas forcément été tournées dans l’ordre de l’histoire. Il y a même une dimension assez magique à tourner les scènes dans le désordre. Ca oblige à pas mal d’organisation, ça oblige à se projeter à différents moments du film comme un ping pong aléatoire, ça oblige à écrire de façon aussi serrée, et sérieuse, que possible. J’adore.

Et donc, au premier jour du tournage du Retour de Marçao (qui s’appelait à l’époque sobrement Rio), fut tournée la dernière scène du film. On ne peut pas faire plus bel effet miroir. Ce premier jour a eu lieu le samedi 5 juin 2015.

L’enjeu était assez dingue, et multiple : d’une part, débuter un tournage par la scène de fin. Belle pression : le cadreur n’avait jamais manipulé la Digital Bolex avec laquelle j’avais décidé de tourner le film. Comme ils étaient tous étudiants, leur seule expérience de tournage se limitait à des courts métrages réalisés dans le cadre de leur cursus. Moi non plus, je n’avais pas d’autre expérience que quelques courts. Manager une équipe complète sur un plateau, jamais fait.

Autre enjeu, et probablement le plus important : je n’avais pas le droit de rater ma scène. en effet, nous n’avions le temps que pour une seule prise. Deux minutes. Un go, un stop, et pas de seconde chance.

Un festival de 10 000 personnes

En effet, pas de seconde chance, parce que nous avons tourné entre deux concerts lors d’un festival en plein air, à Montereau (77). Et le changement de plateau entre chaque show était millimétré. Comme il fallait monter sur scène et jouer notre séquence devant le public, pas question de couper et de dire « on la refait ».

Pour réussir notre plan de la façon la plus sûre possible, étant donné que nous n’avions pas droit à l’erreur, nous sommes venus repérer le plateau la veille. La grande scène du festival où nous devions tourner était montée. Nous pouvions monter dessus et effectuer les premières « mécas », c’est-à-dire simuler la scène sans la caméra, vérifier les mouvements, répéter le texte, peaufiner la mise en scène, placer les techniciens et les comédiens, etc.

Sauf que…

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Des repérages qui tombent à l’eau

Sauf que le lendemain, jour du tournage, pas mal de choses avaient changé : l’accès à la scène par les backstages avait changé : la rampe par laquelle le comédien principal (Auguste Dumay) devait arriver jusqu’à la scène avait été enlevée. Elle ne servait qu’à charger le matériel. Il fallait donc revoir complètement notre séquence, et les fameuses mécas ne servaient plus à rien…

Par ailleurs, le timing était à priori en notre faveur : nous devions passer juste avant le concert de Yannick Noah, en milieu d’après midi. Cela nous laissait le temps pour : faire les réglages de la caméra, refaire des mécas, envisager une autre solution pour l’arrivée du personnage principal, etc.

montereau-festival-confluences-marcao-techniciensSauf que, là encore, ce qui devait être un avantage est devenu un inconvénient majeur, voire un vrai problème : pour lancer notre tournage nous devions nous conformer à l’avis du régisseur général. Régisseur sur un festival, c’est le chef, celui qui dit oui ou non. Pas un type rigolo. Le moindre problème, le moindre retard, et il peut parfaitement annuler ce qui n’était pas prévu à la base. Alors une demi douzaine d’amateurs qui s’immiscent dans son festival… un simple accroc au planning et hop ! à la trappe, notre tournage.

Et plus le temps passe, plus les changements de plateaux prennent du retard, et plus il est facile de le rattraper en nous annulant, nous. Pour tout dire, je suis resté convaincu pendant toute la journée (nous sommes arrivés à 11h) qu’à chaque seconde on allait nous dire que notre autorisation de tourner tombait à l’eau. En termes de management, belle leçon : surtout ne pas transmettre mes craintes à l’équipe ! Pas facile, d’autant plus que le directeur de la communication est venu me voir plusieurs fois, pour des questions mineures, mais à chaque fois qu’il me faisait signe pour me parler en « off », je m’attendais à ce qu’il me dise qu’on n’allait pas pouvoir tourner.

La scène de Yannick Noah

Et puis finalement, si. Nous avons tourné. Je me souviens parfaitement de cette longue minute avant le concert de Yannick Noah : nous, le cadreur, le perchman, son assistant qui devait courir poser un micro devant la scène pour prendre les éventuels applaudissements du public, les deux comédiens, l’assistante de prod (tous étudiants), et tout ce petit monde qui se faisait aussi discret que possible pour laisser les équipes de Noah et du groupe précédent se croiser pour changer les plateaux. Et au bout de cette longue minute où le régisseur pouvait encore nous dire non, je le vois se retourner vers moi. Je m’attends à ce qu’il me dise « c’est pas possible ». Mais de sa bouche sortent d’autres mots : « c’est à vous ».

Le moteur tournait depuis un moment. Alors Action. Et c’est parti.

Le public en face s’attend à voir Noah. Le festival est immense : 10 000 personnes (on me le confirmera par la suite) qui nous voient débarquer, totalement inconnus. Mais ils applaudissent. Ils crient pour nous accueillir. Le soleil est écrasant, le ciel est limpide. Notre expérience est extraordinaire. Je suis le cadreur, juste derrière lui (nous n’avons pour tout moniteur de contrôle qu’un fidèle Lilliput 5 pouces, prêté par un ami, Guillaume – merci à lui ! – branché sur la caméra) et je sais que la prise est bonne.

Coupez ! C’est dans la boîte, nous sortons de scène et nous explosons de joie.

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Ma plus grande émotion

Ma plus grande émotion pour cette première journée est d’avoir offert à mon équipe ce que je lui avais promis : une grande scène sur un grand festival, plusieurs milliers de spectateurs, et une aventure incroyable 🙂 Je ne remercierai jamais assez la mairie de Montereau de m’avoir permis de tourner cette séquence (je vous expliquerai un jour comment je suis parvenu à obtenir cette autorisation – totalement gratuitement), et je ne remercierai jamais assez mon équipe d’avoir été assez dingue pour me suivre !

(Photos Elodie Chambrillon)