Monaco here I come

Jeudi, départ pour Monaco pour le tournage d’un court métrage pendant le salon MAGIC, organisé par Shibuya Productions et mon pote Cédric B-Sky (Big up!).

Cédric me met la pression pour ce film, qui sera tourné PENDANT le salon. Il a fallu concevoir une histoire de quelques minutes qui prenne place au cours de l’événement, et que nous organisions le tournage tandis que le salon a lieu. Sacré challenge.

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Du coup, pour ne pas me rater, je repasse les 9 erreurs classiques à ne pas faire sur un film, recensées par Premium Beat. J’aime bien les gens de Premium Beat, parce qu’ils donnent plein de conseils sur la façon de faire un film (le filmmaking), alors que leur job de base c’est de proposer des musiques (de films). Pas exclu que j’utilise l’une des bandes de leur catalogue un de ces 4.

Bref, voici les 9 erreurs à éviter, toutes illustrées dans l’article judicieux de Jourdan Aldredge. Je les ai toutes déjà faites. En espérant que Cédric ne tombe jamais sur cette phrase. Wish me luck!

1- Oublier son matériel ou ne pas avoir chargé les batteries.

2- Travailler avec des lentilles sales (un jour peut-être vous raconterai-je le tournage de ce qui eut pu être Love Angeles, un court métrage tourner à LA. Avec des lentilles sales. Et une Bolex.)

3- Tourner un plan flou. J’avoue.

4- Ne pas vérifier la balance des blancs (et ne pas apprendre que ça existe).

5- Casser la règle des 180°.

6- Sous ou sur-éclairer son set par absence de lumière additionnelle (ou compter un peu trop sur l’étalonneur).

7- Trop compter sur le stabilisateur en post-prod (« on verra ça en post-prod »).

8- Ne pas prendre le temps d’équilibrer le son (ou ne pas prendre le son).

9- Ne pas exporter correctement les fichiers.

 

Le métier de réalisateur

Je viens de terminer un livre génial, une fondation en soi : Faire un Film, de Sidney Lumet.

Page 271 il y a ça : « c’est plus ou moins à ça que se résume le métier de réalisateur : se battre ».

Et une multitude de pages généreuses, touchantes, essentielles.

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(Big up Cédric Chou Ya-Li ! :))

Journal d’un film guérilla : jour 3

Le 3ème jour de tournage, en plein juillet 2015 à Paris, correspond à la première scène du film. Qui plus est, c’est une scène en extérieur, et je dois en plus gérer des figurants, pour la toute première fois. Autant vous dire que j’ai la pression…

Avec Antony Clément, qui a assuré la première phase de la production, nous avons choisi de tourner sur les bords de Seine, vers l’Institut du Monde Arabe, là où se retrouvent chaque soir des groupes de danse ou de musique. Ca tombe bien : la scène met en présence un groupe amateur, auquel Marçao va demander s’il peut jouer avec eux. Nous sommes donc bien dans le contexte.

 


(Tourner vers le Jardin Tino Rossi, tout un symbole pour nous)

L’objectif de cette scène est de présenter Marçao : personnage étrange avec ses fringues farfelues et son ukulélé multicolore, mais surtout musicien de rue qui joue mal et qui chante faux. Comme scène d’introduction du film, ça me semblait pas mal. Mon idée première était même de présenter cette séquence avant le générique.

Préparation de la séquence

Pour tourner cette scène il me faut donc :

  • mon équipe technique et mon comédien
  • des figurants
  • un groupe amateur
  • une chanson (celle que va interpréter Marçao)

L’équipe technique est peu ou prou celle que j’ai évoquée plus haut, et composée des étudiants motivés et ultra cool.

Les figurants sont soient des amis à moi (merci Alice et Julie, Agnès, Tom et Max !) mais aussi des amis d’Auguste aka Marçao. Et en l’occurence, des amis du groupe amateur que va rejoindre Marçao, puisque les HOTD sont des amis d’Auguste (voir ci-dessous). Vient également se greffer un type qui passait par là, un Suédois héritier des 60s flower powerisées, lui-même n’ayant pas plus de 20 ans. Comment lui refuser de participer ? Le gamin semble nourri à l’herbe, aussi inoffensif qu’un pétale de pâquerette. En plus, à l’écran, il passe bien, pour peu qu’on ne montre pas ses sandales. Drôle de rencontre.

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(Março se la donne grave devant les HOTD)

Le groupe amateur est HOTD (Hero Of The Day). Ils ont une chouette chanson dans l’esprit des groupes de rock actuels, comme Green Day ou les groupes de métal un peu lyriques (ça fait bien longtemps que je suis descendu du train du rock pour prendre le vélib de la bossa nova. Pardon si la comparaison pique un peu :p) Bref : leur chouette chanson s’appelle You and Me Against the Fools. Hell yeah.
(Notons pour l’histoire que le percu au djembé, c’est Fred, mon beau-frère. Et que le djembé est celui que lui a offert Christian, un type vraiment important pour moi et pour lui, et que je suis ravi de faire participer de cette façon dans ce film).

Reste la chanson. Depuis que j’ai imaginé Marçao, j’ai cette idée débile qu’il a un héros, dont on ne sait pas vraiment s’il existe ou pas, et peut-être Marçao lui-même ne le sait plus vraiment, mais il l’a intégré profondément en lui-même et lui a donné vie à travers une chanson qui raconte ses aventures. Un peu comme un superhéros de Comics genre Marvel, un X-Men inconnu mais dont Marçao serait un fan absolu, issu de ses souvenirs, confus mais tenaces. Ce superhéros c’est Captain Seu, version superhéroïque de Seu Joao, un chanteur fictif que j’ai largement adapté de Seu Jorge, mon idole personnelle. Captain Seu serait le Spiderman de Peter Parker Seu Joao, en gros.

Bref : comme Marçao est un personnage lunaire, à la poétique polarisée vers l’absurde et qui n’en a rien à fiche tant il se sent investi d’une mission supérieure, il me fallait écrire une chanson qui révèle ça. C’est ce que j’ai essayé de faire, à partir de 4 accords sur un ukulélé. Vous me direz…

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(Les HOTD avant le massacre)

Le tournage sur les quais de Seine

Bon, nous voilà sur les quais, début d’après midi. Tout le monde arrive à l’heure (ou presque, la prod s’acharne à circuler à Paris en voiture. A Paris. En voiture.) Les figurants ont presque tous trouvé le chemin. Le soleil est au rendez-vous. Ca va le faire.

Il y a quelques précautions à prendre : on n’a pas le droit de filmer un monument de Paris sans autorisation. On n’a d’ailleurs pas le droit de tourner en extérieur à Paris sans autorisation, sauf si l’équipe comprend moins de 10 personnes et qu’on n’a pas de pied pour poser la caméra (je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi. Il faut savoir que ce qui attire le public lors d’un tournage n’est pas la caméra mais la perche du micro. Tout le monde a une caméra. Mais la perche, elle, elle veut dire « ici on fait du cinéma »). Pas le droit non plus, en théorie, de filmer les péniches. Ni les gens, sans leur autorisation.

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(Des figurants extatiques)

Péniche et Production Value

Dans le cinéma indépendant, et a fortiori dans le cinéma guérilla, il y a un principe aussi simple qu’amusant, voire lucratif : la Production Value. Ca consiste à exploiter au maximum tout ce qu’on obtient gratuitement alors qu’on devrait payer des fortunes pour l’avoir. Ca donne au film une dimension plus grande, ça donne le sentiment qu’un gros budget a été attribué, ça améliore la perception que le public en a. En résumé, la production value c’est tout bénéf et il faut en profiter autant que possible sans hésiter. Exemple de production value : la tour Eiffel. Des péniches sur la Seine. Des musiciens talentueux qui jouent pour vous.
Autant vous dire que des péniches, on en a filmé quelques unes, et avec gourmandise.

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(Oh une péniche)

Sur le plateau, l’ambiance est plutôt détendue. Je ne veux pas brusquer les figurants qui sont venus, je ne veux pas donner à l’équipe technique (que j’ai convaincue du sérieux du projet depuis Montereau, mais que je connais encore assez mal) l’image d’un réalisateur mégalomane, je veux que sur le tournage il y ait une bonne ambiance. Donc je suis cool.

On finit un peu tard malgré le soleil de juillet, et la lumière est instable. Mais les images sont plutôt réussies. Les figurants sont restés jusqu’au bout. On les libère après quand même plusieurs heures de tournage (3 heures, de mémoire). On a réussi à se débarrasser du joueur de djembé qui s’est installé comme chez lui (et en un sens il a raison. Mais c’est pourtant pas compliqué de voir qu’on tourne un film et d’aller jouer ailleurs. Que voulez-vous, les joueurs de djembé et moi, ça fait deux…) Les gags fonctionnent, tout s’est bien passé, on plie.

Léger problème technique

Premier souci : mon comédien principal. Attention, je l’adore. Mais dans l’instant de cette scène, il n’a plus exactement en tête les paroles de ma chanson absurde. On refait les prises plusieurs fois, et je lui reconnais ici, devant vous, un talent incroyable, qui est d’oser s’exposer comme il l’a fait devant un public inconnu de passants ahuris.
Néanmoins, il n’a plus les paroles. Et dans l’action, et sans casque, et dans l’euphorie, je ne contrôle pas ça (deuxième souci).

En soi, ce n’est pas bien grave : la chanson est suffisamment absurde pour que l’ordre des couplets n’ait pas de véritable impact. Et on entendra la chanson plusieurs fois dans le film. L’essentiel n’est pas là.

Mais…

Mais l’équipe de son maîtrise encore mal le matériel de location (troisième souci. Encore un et on reforme les Banshees). Et je ne sais plus exactement quoi, mais soit ils oublient de retirer la carte mémoire du magnéto, soit ils n’ont pas enregistré le son au bon endroit, soit autre chose. Ca n’est que le lendemain, en vérifiant les rushs, qu’on se rendra compte qu’on n’a pas de son. Du tout. Rien.

Tirer des leçons de chaque scène

Bon, qu’à cela ne tienne, on enregistrera les pistes son à part, en doublant la vidéo.
Sauf qu’avec les paroles à l’envers, quand on refait la voix, on ne vérifie pas que la chanson est dans le désordre. Résultat : une bonne partie de plaisir au montage, un véritable jonglage, qui m’apprend plein de trucs et nous pousse avec Roberto le monteur à ruser en permanence.

(On refait la prise avec les HOTD pour le son. Et moi au djembé. Un gag en soi)

Je crois comme Godard (en fait, grâce à lui) qu’une bonne scène peut être floue ou cumuler les défauts techniques, tant qu’elle dégage de l’émotion. C’est cela qui compte : l’humain dans le film. Je crois qu’à partir du 3ème jour, j’ai pris cette idée comme fil conducteur majeur de l’histoire, et de l’aventure que nous étions en train de vivre. Cap sur l’humain, fi des écueils techniques. On n’a pas vraiment le choix, alors assumons-le toutes voiles dehors !

Robert Rodriguez et la DIY movie school

rebel without a crew robert rodriguez bookDans son livre Rebel Without A Crew, le réalisateur de Sin City et d’Une Nuit en Enfer donne la clé suffisante et nécessaire pour faire un film, long métrage ou court métrage : avoir une caméra. Pour pouvoir faire soi-même son propre film.

La Légende du Long Métrage

Il y a une sorte d’imagerie collective autour de la réalisation d’un long métrage : c’est vu comme un Graal, un aboutissement, l’achèvement d’une vie uniquement accessible après des années de lutte et d’expérience.

robert rodriguez el mariachiJ’ai croisé bon nombre d’équipes de courts métrages, notamment dans les bars « off » du festival de Cannes. Tout le monde regardait les réalisateurs de longs métrages comme des demi Dieux, entre envie et admiration. « Wow, il a fait son long ! ». Ok. C’est impressionnant, un long métrage. Mais l’envie m’a vite saisi de mettre à plat cette espèce de truc sacré. Ca ne devait pas être si compliqué à faire que ça, un long métrage. Ou en tout cas, hors de question de le voir comme un inaccessible éden.

Los Angeles, la prise de conscience de tous les réseaux ciné

Quelques années auparavant j’avais eu la chance d’aller à Los Angeles pour défendre un court métrage sélectionné pour un festival (La Vie Simple). Sur place, la grande leçon que j’ai reçue a été de prendre conscience que l’industrie du cinéma ne se limite pas aux blockbusters affichés en grand format sur les billboards des salles parisiennes. Loin de là : une multitude de réseaux de distribution, de production, de création de films tous aussi divers que variés existe ! Nous n’avons connaissance que d’une infime partie de ce que le cinéma est, de ce qui se fait. Nous ne connaissons que ce que la télé et les gros distributeurs choisissent. Mais le monde est large et le monde du cinéma en particulier, qui permet à tous les types de films d’exister.
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Conséquences :
1- Il est d’autant plus important de sortir du lot, et c’est aussi la fonction première d’un long métrage.
2- Tous ces films qui existent n’ont pas attendu les studios pour se faire. A un moment, ils ont juste été faits. Le principe du Graal ne tenait plus la route : si tous ces films existent, c’est qu’il y a d’autres méthodes que celle du circuit royal des producteurs et des studios.

C’est à ce moment-là que j’ai lu Rebel Without A Crew.

Rebel Without A Crew, leçon de cinéma guérilla

Dans son livre, Robert Rodriguez explique comment il a réalisé El Mariachi. Il décrit toutes les étapes, mais pour faire court : si vous voulez faire un film, alors tout ce dont vous avez besoin c’est d’une caméra. Vous ne pourrez jamais prétendre être réalisateur si vous n’avez pas fait de film. Or personne n’a d’autorisation à vous donner. Ce n’est qu’en faisant votre film vous-même que vous pourrez avancer, apprendre, être un meilleur réalisateur. Comptez sur vous-même non pas pour être un génie de la mise en scène, mais pour apprendre à être bon.

Robert Rodriguez a fait le tour des universités de cinéma avec une conférence qui disait : comment devenir réalisateur en 10 minutes. Telle est en effet la durée de sa conférence. Simple, efficace, motivante. Prenez une caméra, tournez. Le reste viendra.

Dont acte ! Et action.

Tony Gilroy donne 10 conseils pour écrire des scénarios

Tony Gilroy a notamment signé les scripts de Michael Clayton, avec George Clooney et Tilda Swinton, de Jason Bourne et de l’Avocat du Diable. Voici ses 10 conseils* pour devenir un scénariste de cinéma. Enjoy !tony-gilroy _70205101_tonygilroy * Oh ! Le point 9 est un coup au coeur.