Monaco here I come

Jeudi, départ pour Monaco pour le tournage d’un court métrage pendant le salon MAGIC, organisé par Shibuya Productions et mon pote Cédric B-Sky (Big up!).

Cédric me met la pression pour ce film, qui sera tourné PENDANT le salon. Il a fallu concevoir une histoire de quelques minutes qui prenne place au cours de l’événement, et que nous organisions le tournage tandis que le salon a lieu. Sacré challenge.

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Du coup, pour ne pas me rater, je repasse les 9 erreurs classiques à ne pas faire sur un film, recensées par Premium Beat. J’aime bien les gens de Premium Beat, parce qu’ils donnent plein de conseils sur la façon de faire un film (le filmmaking), alors que leur job de base c’est de proposer des musiques (de films). Pas exclu que j’utilise l’une des bandes de leur catalogue un de ces 4.

Bref, voici les 9 erreurs à éviter, toutes illustrées dans l’article judicieux de Jourdan Aldredge. Je les ai toutes déjà faites. En espérant que Cédric ne tombe jamais sur cette phrase. Wish me luck!

1- Oublier son matériel ou ne pas avoir chargé les batteries.

2- Travailler avec des lentilles sales (un jour peut-être vous raconterai-je le tournage de ce qui eut pu être Love Angeles, un court métrage tourner à LA. Avec des lentilles sales. Et une Bolex.)

3- Tourner un plan flou. J’avoue.

4- Ne pas vérifier la balance des blancs (et ne pas apprendre que ça existe).

5- Casser la règle des 180°.

6- Sous ou sur-éclairer son set par absence de lumière additionnelle (ou compter un peu trop sur l’étalonneur).

7- Trop compter sur le stabilisateur en post-prod (« on verra ça en post-prod »).

8- Ne pas prendre le temps d’équilibrer le son (ou ne pas prendre le son).

9- Ne pas exporter correctement les fichiers.

 

Bye Bye Bolex :`(

La caméra Digital Bolex D16 ne sera plus produite. Après une courte expérience qui voulut donner à la marque Bolex des lettres de noblesse digitales, le fabricant canadien a déposé le bilan. Pas assez de ventes.

Je l’ai découverte grâce à mon pote Lotfaï lors d’un séjour à Los Angeles en mai 2014. Lotfaï est un réalisateur qui a sa petite notoriété dans le milieu de la pub. Un esprit créatif comme j’en ai peu rencontré. Une personnalité. Joe Rubinstein, le créateur de cette renaissance de Bolex, était au courant que Lotfaï passait quelque temps à LA, et lui a proposé de tester sa caméra. Nous nous sommes donc rendu à Downtown, quartier dont j’adore l’atmosphère assez franchement cinématographique, pour rencontrer Joe et lui emprunter un exemplaire de la D16.

Bertrand Ploquin digitalbolex D16Mon Nikon D90 en soute, j’étais parti à LA avec l’idée de tourner un court métrage, Lotfaï assurant les postes de comédien, producteur et monteur. J’avais une idée de scénario, mais surtout une intention : faire un film expérimental, nous laisser porter par notre créativité sur l’instant, surfer sur l’énergie dont seule la mégapole californienne est capable, comme je l’avais découvert deux ans auparavant. Avec la Bolex, les enjeux s’affirmaient : nous ne pouvions pas ne rien faire. Les Dieux du court métrage étaient avec nous. En tout cas, ils nous envoyaient des f***ing signs (« Si tu vois un grand canard blanc sur le lac : c’est un signe »).

Il est clair dans ma mémoire comme clair est le ciel sur le désert de Californie, ce déjeuner entre L. et moi au cours duquel, quelques heures à peine après avoir récupéré la caméra, encore tout stupéfaits de la confiance de Joe, nous nous sommes brainstormés pour pas cher.

« – Bon, on a une caméra, 5 jours devant nous, et à nous deux on a toute une équipe : réalisateur, scénariste, acteur, producteur, monteur, preneur de son. Il faut qu’on fasse quelque chose, et vite !
– J’ai bien une idée de scénario très rapide à tourner. Il me faut juste un acteur, une actrice,  et un hôtel. Le pitch, c’est un type qui appelle sa femme pour lui dire qu’il sera en retard et qu’il ne peut pas aller chercher les enfants à l’école. Mais en fait il va voir une prostituée. Quand il sort de la chambre, il appelle sa femme, et là… (« et là » spoil).
– On fait ça ! En plus je me suis promis de rencontrer une comédienne française qui vit ici. Un motel, c’est possible ? Et si on peut utiliser la Mustang, production value assurée ! »

(Nous avions loué une Mustang décapotable aussi flambeuse que lourde, LE véhicule de tous les touristes à Los Angeles, un veau qui se traine sur les freeways. Mais nous ne boudions pas notre bonheur d’être au volant, croyez-moi !)

Deux jours plus tard, Bang était né, en une après midi de tournage aussi intense que jouissive. Je tenais pour la première fois une Digital Bolex entre les mains, et elle me permettait de faire des images qui, quelques mois plus tard, allaient me rapporter les deux premiers prix cinématographiques de ma vie.

L’expérience de la Bolex m’a tellement plu, son image si caractéristique, ses couleurs chaudes et douces, sa lumière saine, joyeuse comme un jeune chiot (oui, c’est étrange de dire cela d’une caméra, mais que voulez-vous), ce grain palpable, un grain de peau, sa texture tendre, c’est une étoffe. Un corps en forme d’images, en 16 mm numériques. Un bonheur. J’ai fini par l’acheter, comme quasiment personne en France, ai-je découvert par la suite. Un magasin de vidéo à Paris m’a demandé si je pouvais lui donner le lien de Bang pour le montrer à ses clients intrigués par la D16. Un étalonneur réputé est curieux que je lui montre les images que j’ai tournées avec ma Bolex sur mon premier long métrage. Cette caméra, ce n’est pas rien. Elle intrigue, elle inspire. Elle a une personnalité qu’aucun DSLR n’aura jamais. C’est une voix. Sa propre voix. C’est presque humain, comme relation. Demandez à Spike Lee.

Alors dans la foulée, nous en avons profité pour tourner un deuxième court métrage, qui verra bientôt le jour, avec Patricia Ponce De Leon, toujours Lotfaï à la prod et en comédien, et votre serviteur pour le reste. Nous l’avons appelé Love Angeles, pas pour rien je peux vous le dire. Ce second tournage fut généreux, touchant, et riche en rebondissements que je vous raconterai peut-être plus tard. Avec la Bolex, c’était devenu intime, fusionnel. Un début de passion. Mes images sont parfois floues, parfois sales, mais elles sont plus humaines que tout ce que je vois actuellement. Elles sont le contrepoint frondeur de la froideur chirurgicale du cinéma mainstream. Elles narguent la netteté dérisoire des milliards de pixels. Elles sont charnelles, elles sont vraies, elles sont belles. Je les aime.

Ma Digital Bolex D16 m’a permis de raconter de belles histoires. Elle appartient désormais à l’histoire.

PS. Si vous passez par LA, allez voir le Cabaret Versatile de Lola Ohlala et ses girls. De ma part.

BANG, 1ère sélection en festival

En mai 2014 j’ai passé une semaine à Los Angeles avec un ami comédien, réalisateur et producteur, Lotfaï. On nous a prêté une caméra, une Bolex D16, héritière de la célèbre caméra à main, version numérique. Nous en avons profité pour tourner deux courts métrages. Le premier, Bang, vient d’être sélectionné pour le Paris Short Film Festival qui se tiendra du 7 au 10 mai 2015.

Un budget proche de 0 €

bolex D16C’est une grande fierté parce que nous avons coréalisé ce film en une après-midi. Notre seule dépense aura été de $110, le coût de la chambre de motel dans laquelle se déroule une scène centrale du film. Le reste ne nous a rien coûté :
– casting assuré par nous-mêmes (Lotfaï) et des comédiennes qui nous ont généreusement offert leur temps et leur talent ;
– une voiture qui n’est autre que notre véhicule de location (une Mustang, c’est ce qu’on appelle de la « Production Value » les gars :)) ;
– un matériel prêté (merci everyone at DigitalBolex), y compris pour le son ;
– pas d’équipe technique, j’ai tenu la caméra et l’enregistreur son moi-même ;
– pas de lumière additionnelle ;
– étalonnage sur un mac perso ;
– montage assuré par Lotfaï ;
– script par moi-même.

Seule une bande son a nécessité l’achat de droits, pour une somme modique.

Que ce film tourné dans des conditions de plaisir enfantin soit sélectionné est une splendide récompense en soi.

N’hésitez pas à venir voir BANG à Paris ! Je vous tiendrai au courant du jour de sa projection asap as possible 🙂
affiche bang paris festival 2015_1
He should’ve picked up the kids…

Taxi, un court métrage indépendant (qui va devoir changer de titre)

Mazette, pas de publication sur ce blog depuis janvier… « écrire un blog sur le cinéma indépendant et s’y tenir », n’est-ce pas ?

Bref. Je n’ai toujours pas réalisé Gentlemen, le court métrage dont je parlais en janvier, donc. Parce que d’en avoir parlé avec un ami réalisateur et un autre producteur m’a cassé le moral, avouons-le. Il faut que je retrouve l’énergie nécessaire pour ce film. Et de l’argent pour produire les rares besoins.

Prochain court métrage indé : un huis clos dans un taxi

Taxi, court métrage indépendant
Quelques outils pour notre prochain film indé

En attendant, ne nous laissons pas abattre. Je travaille avec le même producteur (masochisme, quand tu nous tiens) sur un autre projet, que nous intitulons jusque là « Taxi« .
Le pitch : comment un chauffeur de taxi va-t-il réagir lorsque sa dernière cliente de la nuit lui donne, comme adresse de destination, sa propre adresse à lui ?

Il s’agit d’un huis-clos, dans un taxi donc. Un film indépendant, dans la mesure où c’est notre financement personnel qui va permettre de le faire exister. Avec des conséquences :
– limiter les coûts
– être suffisamment astucieux pour ça
– tourner dans des conditions à la fois libres et serrées.

Des GoPro embarquées

Par exemple, comment tourner dans une voiture ? Plusieurs films nous donnent des pistes, comme le très réussi Locke (si vous avez des exemples de films réussis qui se déroulent essentiellement dans des voitures, je suis preneur. Je vais aller voir Fast&Furious 7, tenez).

Notre choix se porte sur l’utilisation exclusive de GoPros à l’intérieur et à l’extérieur de l’habitacle. Faciles à cacher et à manipuler, jumelées à des micros répartis dans la voiture, ces caméras peuvent aussi filmer depuis l’extérieur grâce à leurs systèmes d’accroches et de ventouses.
Taxi, un court métrage ondé avec des gopro
Installation d’une GoPro sur un capot de Ferrari de banlieue

Mais c’est surtout pour le challenge que les GoPros me plaisent. Un film tourné entièrement avec elles, ça me plaît bien. Il n’y a guère que le court métrage et le cinéma indépendant qui permettent ce type d’expérience.

Dates de tournage prévues début mai. More to come soon folks! (promis)
Preparing an indy movie
Bon, il est plutôt sympa ce producteur finalement

Gentlemen, un court métrage indépendant

Tourner un court sans moyen ?

Ok, l’objectif est de réaliser un long métrage indépendant avec un budget aussi sec que possible. Ou du moins limiter les dépenses. J’y reviendrai.

Mais c’est une longue préparation. Un long projet (encore que tout soit relatif, et qu’on puisse décider d’écrire / tourner / monter un long métrage en quelques semaines, j’en suis convaincu).

Et en attendant, il faut bien filmer, un peu. Tourner. Faire du cinéma. Quelque chose.
J’avais une vieille idée dans la tête. J’en ai parlé à un ami réalisateur. Nous avons redessiné certains contours du script, affiné les personnages, affuté les dialogues. Et hop ! « Gentlemen« , qui s’appelait initialement « Le Club » va sortir de terre le week end des 21 et 22 février prochains.

Les différentes étapes

Une très belle aventure jusque là. Qui vient de s’accélérer puisque :
– Le casting est bouclé, 5 comédiens de talent.
– Le script est achevé, même si les répétitions vont encore le bouger un peu, sûrement.
– Le lieu du tournage (unique) est validé, et parisien.
– Les dates sont donc bouclées, avec 2 répétitions les 8 janvier (demain !!) et 7 février.
– J’ai reçu la caméra que je voulais ! Une Bolex D16, caméra numérique 2K que j’avais utilisée sur un précédent court, Bang, bientôt visible. Bon, il ne me manque désormais que les objectifs…
– Je rencontre demain le chef op auquel je pense.
– J’ai plus que probablement une prod qui me suit sur le sujet.
bolex D16

Le rôle de la production

J’avais décidé de tourner ce court métrage sans prod. Autant pour l’expérience qui devait m’apporter de nombreuses leçons ; pour ne pas attendre d’en trouver une et ainsi avoir un film plutôt que rien ; pour prouver qu’on peut faire un film sans moyen ; pour commencer à fidéliser l’équipe autour du long.

Mais un ami producteur me suit finalement sur le projet Gentlemen. Bonne nouvelle. Oh pas tant sur l’aspect financier, mais sur les retombées du film.

Avoir une prod derrière, c’est s’assurer d’une certaine légitimité vis-à-vis des circuits de distribution : télévision, festivals, etc. C’est aussi prouver aux futures autres prods que oui, on peut me faire confiance. Enfin c’est apporter au film une dimension artistique supplémentaire, le regard expérimenté d’un vieux loup de mer qui me permettra, j’espère, d’éviter les écueils douloureux.

Alors me direz-vous, en quoi le film est-il indépendant ? Eh bien je reste maître des droits.

More to come soon ! Et impatient de retrouver les comédiens demain soir pour la première lecture.

A Vif, court métrage de Guillaume Foresti

Lundi 6 octobre j’ai eu la chance d’assister à une projection de trois courts métrages à Paris, au cinéma Gaumont Marignan sur les Champs-Elysées. Dolça, De Bonnes Sensations, et donc A Vif.

a vif comédienne 2 kate moran comédienne dans le film a vif de guillaume foresti court métrage Kate moran et pierre deladonchamps dans le film court métrage a vif de guillaume foresti

A Vif est un court métrage écrit et réalisé par Guillaume Foresti. Je connais Guillaume depuis peu : par l’entremise d’une amie commune nous avons été amenés à discuter cinéma, et pourquoi pas futurs projets ensemble.

Guillaume m’a rapidement montré ses premiers films. Il m’a expliqué son univers, ses obsessions, ses envies, ses blocages. L’objectif a tout de suite été de pouvoir comprendre son monde pour écrire un scénario qui lui convienne, à partir d’une idée qui intéressait sa productrice. Bref.

Guillaume Foresti travaille sur le réalisme fantastique. Borgès, par exemple. Gabriel Garcia Marquez. Cette façon d’induire de l’étrange dans du quotidien anodin.

A Vif, son dernier film, m’a donné la sensation que Guillaume avait franchi certaines étapes, et pas des moindres : sur l’écriture, déjà. Lui qui se pose comme un faiseur d’image plutôt que d’histoires, pour le coup le voilà qui raconte vraiment quelque chose. La mort de celle qu’on n’aime plus, sa décomposition comme dans l’esprit de celui qui désaime. Le personnage principal, ici interprété par Kate Moran, est en fait le reflet de l’âme de son compagnon, Pierre Deladonchamps, qui ne l’aime plus.

Il ne perçoit plus le toucher, il ne perçoit plus le parfum de sa femme, le goût de ses baisers. Tout s’étiole. Tout disparaît, se détruit dans son esprit. Il ne l’aime plus. A l’écran celui se traduit par une disparition du corps, douloureuse, violente, atroce. Comme une rupture, donc. Et la narration paradoxale (prendre comme personnage principal le fantasme et non le personnage lui-même, inverser la polarité, faire de fantasme un premier plan supérieur en présence à celui dont il émane), est une bien belle idée qui se prête parfaitement aux enjeux du réalisme fantastique. C’est ça, le bizarre, au-delà même du thème et de leur traitement. Et toute la subtilité est de faire du fantastique non pas une finalité, mais une illustration du réel. Pari réussi.

pierre deladonchamps comédien dans le film a vif de guillaume foresti

C’est donc essentiellement sur la qualité et la clarté du discours que selon moi Guillaume Foresti a passé un cap. Mais également sur l’image.

Je me souviens qu’il m’avait avoué son goût pour filmer les mains. Dans ses précédents films, essentiellement tournés en pellicule, j’ai été surpris par des mains brutes, froides, grises, roses, rougeaudes, pas les plus fines, pas maquillées. Je n’ai pas bien compris pourquoi il aimait filmer des mains alors qu’on était aussi loin du glamour. Une main, ça peut être splendide, élégant, lisse, fin, une fleur.

En voyant A Vif, dont la première scène montre une caresse aussi inaboutie que dérangeante, j’ai compris que les mains qui fascinent tant Guillaume ne sont peut-être pas, justement, les plus belles, mais celles qui répondent à son obsession de l’étrange. Ces mains dont on a du mal à comprendre comment elles peuvent être aussi fines et aussi grossières à la fois, cet appendice incompréhensible, d’une mécanique beaucoup trop complexe au bout de ce bras si basique. Une main, ça peut extrêmement déranger. Ca peut faire peur, être totalement incompréhensible. C’est là peut-être que réside la fascination de Guillaume : loin du glamour, oui. Mais si près de l’incompréhensible.

Enfin, le cadre est toujours gênant, à dessein. La dernière scène froide, l’illustre très bien. Décadrer, c’est cadrer l’angoisse, le malaise, l’inconfort. C’est sortir du confort du couple, remettre en question son amour, se retrouver mal à l’aise au milieu d’un univers connu, être gêné par ses contours désormais, ne jamais plus se sentir à sa place. Cela aussi échappait à ma compréhension dans ses premiers films.

Tout cela pour dire quoi ? Qu’une oeuvre comme celle que Guillaume Foresti propose se construit, film après film. Il est passionnant de suivre sa construction, puisqu’elle s’éclaire dans chaque travail, l’un après l’autre. Il ne faut pas avoir peur de ne pas comprendre soi-même ce que l’on fait. L’explication vient au fur et à mesure. Ou jamais, peu importe.