Prisoners (Denis Villeneuve), polar familial

prisoners denis villeneuve hugh jackam jake gyllenhaalAprès Incendies (2010), le Québécois Denis Villeneuve signe Prisoners, avec Hugh Jackman et Jake Gyllenhaal principalement (mais aussi Terence Howard impérial, Maria Bello, vue dans Urgences et History of Violence entre autres, qui prouve qu’on peut vieillir à Hollywood et gagner en charme, Paul Dano, vu dans Little Miss Sunshine ou There Will Be Blood, hallucinant, Viola Davis mère complexe, etc.) Et d’emblée, balaise.

Rappelons le pitch de Prisoners :

Alors que leurs parents fêtent Thanksgiving entre amis, deux fillettes disparaissent. L’inspecteur chargé de l’enquête va non seulement déterrer des secrets lourds et liés entre eux, mais aussi affronter le mensonge du père d’une des fillettes, bien décidé à faire justice lui-même.

Un scénario enchevêtré… qui impose des choix

Denis Villeneuve, avec ses deux premiers grands films, impose déjà des lignes directrices : les secrets de famille compliqués, et leur contrepartie : les révélations qui renversent tout.

Dans Incendies (j’y reviendrai), ce thème est inattendu puisqu’il s’agit d’une forme de drame familial, un road movie à la fois géographique et historique dans le passé d’une fratrie, dont on découvre le tissage insoutenable et vertigineux pas après pas.

Mais Prisoners préfère l’angle du polar. Du coup c’est moins troublant : dans tout polar il faut une victime et un coupable. Les motivations du coupables deviennent de facto moins surprenantes, puisqu’elles sont intrinsèques au genre. On aura beau inventer les pires histoires, c’est toujours la course à l’échalotte : on est rattrapé par le genre. Un peu comme les films d’horreur : plus on met de sang, plus on alimente le genre.

C’est d’abord de ça que « souffre » le scénario de Prisoners. Finalement on reste dans les codes du genre. Mais en voulant lier intimement tous ses personnages, en voulant tout expliquer, en cherchant à montrer qu’il n’y a pas de hasard dans nos rencontres, Denis Villeneuve est obligé de faire des choix. Et certains sujets sont forcément moins bien traités que d’autres. Le coup de la religion apparaît comme un cheveu dans la soupe, une motivation mal exploitée, et tirée par les cheveux. Le labyrinthe, idem. N’aurait-il pas mieux valu se concentrer sur l’un des thèmes, et en faire un vrai sujet ? Ou alors, une série, comme True Detective. Il manque peut-être à Prisoners 6 autres épisodes…

Un Casting en or… peut-être un peu trop

Aligner un tel casting après le redoutablement efficace Incendies, c’est une consécration. Le travail de caractérisation de Jake Gyllenhaal est réussi, avec ses tics lorsqu’il cligne les yeux. Il retrouve Denis Villeneuve dans Enemy, et ça promet. Ca sent l’acteur fétiche. Et tant mieux.

Mon souci vient de Hugh Jackman, et plus globalement de ce qu’on peut attendre d’un casting pareil.
Hugh, je ne sais pas vous mais moi, j’ai du mal à le voir ailleurs que dans des rôles où il peut cabotiner. J’ai envie de le voir danser, sauter, sourire comme un gentleman. Ce rôle violent ne lui va pas, j’ai sans cesse le sentiment qu’il lutte lui-même contre un naturel au galop. A chaque scène difficile j’ai la sensation qu’il va sortir un haut de forme et faire trois tours de claquettes. J’entends déjà les cuivres et je vois les danseuses emplumées. Bon, c’est un sentiment très personnel, et je ne voudrais surtout pas que chaque acteur se réduisent à son penchant naturel. D’ailleurs Jim Carrey a parfaitement réussi le grand saut, comme Adam Sandler. Ce n’est donc pas impossible. Mais quelque chose de tragique me manque dans les yeux de Jackman. Ca m’avait fait le coup pour Le Prestige, déjà.

Enfin, et c’est la principale réserve que je ferais, peut-être que Prisoners souffre d’un syndrome Hollywoodien : le même film, avec les acteurs d’Incendies, aurait probablement été un chef d’oeuvre à mes yeux. Comme quoi le casting exige une qualité, impose la claque. Ca aussi, je l’ai déjà ressenti, avec The Two Faces of January : le même film, la même histoire, mais avec d’autres acteurs que Kirsten « je suis love » Dunst et Viggo Mortensen, peut-être que j’aurais adoré. Pourtant, quel couple, mazette.

Mais le plus dingue, c’est que j’ai quand même beaucoup aimé la noirceur de ce film ! Vivement Enemy 😉